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Joséphine Theet, architecte d’intérieur, « Nos artisans ont un niveau inégalé ».

Plus qu’un métier, l’architecture d’intérieur est une véritable passion pour Joséphine Theet, qui nous parle ici de son parcours et de sa relation privilégiée avec les artisans spécialistes, dont elle sait magnifier le talent au gré de ses luxueux projets.

Quel est votre parcours, et pourquoi avoir créé votre entreprise ?
Joséphine Theet – Après mon école d’archi, j’ai d’abord travaillé dans une agence sur des concepts hôteliers. J’y ai notamment découvert l’art décoratif marocain ce qui m’a ensuite ouvert les portes de Jacques Garcia [architecte et décorateur d’intérieur, NDLR] qui refaisait la Mamounia à l’époque.
Chez lui j’ai peaufiné mes connaissances du vocabulaire architectural historique en dessinant une maison de style Adams à Londres, des bureaux inspirés des années 30 au Qatar et c’est là que j’ai rencontré certains des artisans avec lesquels je travaille depuis plus de 10 années maintenant.
J’ai ensuite collaboré avec Joseph Dirand [architecte NDLR] qui m’a confié plusieurs chantiers résidentiels magnifiques dont la restructuration lourde d’un somptueux hôtel particulier mais également le flagship de Givenchy avenue Montaigne.
J’ai été sollicitée pour des projets en solo et créé mon agence en janvier 2015 avec la chance de pouvoir continuer à œuvrer sur des projets haut de gamme avec de très bonnes entreprises.
J’aime particulièrement partager ces projets avec des artisans qui sont des spécialistes qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup d’étrangers font appel à des architectes d’intérieur français, parce qu’ils ont cette possibilité exceptionnelle de travailler avec des artisans d’un niveau inégalé.

La qualité de l’artisanat français permettrait aux architectes de renom de s’ouvrir à une clientèle internationale ?
J.T. – En partie, oui. Mais les deux sont liés, et le savoir-faire de l’artisan doit être dirigé avec goût et avoir un sens. Notre travail consiste à créer un ensemble cohérent, qui soit sur mesure par rapport à un lieu et la personnalité de nos clients mais qui les emmène aussi plus loin ; on doit les révéler, d’une certaine manière.

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Quelle est votre vision de l’architecture d’intérieur ?
J.T. – Il y a une phrase de James Thierrée que j’aime bien, qui dit : « Je fais du théâtre pour ne pas avoir à expliquer ce qui remue à l’intérieur, plutôt pour rôder autour ». Je trouve que c’est assez bien dit. On développe sa propre écriture, sans pouvoir toujours la décrire, ni la nommer.
Plus jeune, j’ai eu la chance d’être emmenée les week-ends à Drouot pour enrichir mon regard, et de vivre dans un manoir du XVII° siècle. Plus on voit de choses, plus on en fait la synthèse, sans forcément s’en rendre compte.
Je suis admirative d’un certain raffinement français, qui est aussi lié à l’histoire.

Vous parvenez ainsi à décoder, derrière les mots, l’ambiance qui conviendra aux clients ?
J.T. – Les lieux sont également porteurs de sens. On ne travaille pas de la même manière un immeuble haussmannien, une maison au Caire ou des bureaux à New York. C’est tout un ensemble de paramètres avec lesquels on joue… Et puis, il y a toujours une synthèse à faire entre ce que l’on imagine et ce que les clients veulent. On peut parfois être chagriné de certaines décisions, parce qu’on a envie d’être cohérent, et que le client apporte des nouveautés. Mais c’est finalement ce qui crée la richesse du projet, ce n’est pas une démarche fermée. Il faut laisser dans une certaine mesure de la place à l’autre, client ou artisan, rebondir sur l’imprévu, trouver la bonne solution qui va finalement enrichir le projet.

Comment avez-vous rencontré ROGER DUBOIS et pourquoi travaillez-vous avec eux ?
J.T. – Je les ai rencontrés sur un projet que j’ai réalisé pour Joseph [Dirand, NDLR], au cœur de Paris, un appartement avec une très belle hauteur sous plafond. Les clients étaient assez fidèles aux entreprises avec lesquelles ils avaient l’habitude de travailler (ils avaient fait plusieurs projets ensemble) et voulaient les associer au projet. J’ai gardé ROGER DUBOIS pour d’autres chantiers car ils ont un sens du service incroyable. Le fait de pouvoir tester, expérimenter, est important. Beaucoup d’entreprises ne se donnent pas la peine de faire des essais. La lumière est tellement riche – on parle de température de lumière, de texture, de couleur… –, j’ai l’impression qu’il y a des choses inépuisables à approfondir, en termes de travail sur la lumière. C’est vraiment un matériau à part entière, et qui anime aussi les autres matériaux. Des entreprises en ont conscience, elles nous aident et sont prêtes à tester, à modifier, à moduler, quand d’autres n’ont pas ce sens du service.
Sur le projet en cours, ROGER DUBOIS m’a également fait découvrir un équipement sonore nouveau ; une solution technique pour que les haut-parleurs soient intégrés les plus discrètement et efficacement possible. Lorsqu’un nouvel équipement est proposé par une entreprise dont le travail est de grande qualité, on est content de pouvoir lui faire confiance et de s’informer des nouvelles possibilités sur le marché.
Dernier point, la qualité humaine des gens sur les chantiers est extrêmement importante pour les architectes.

Chez ROGER DUBOIS, il y a aussi tout un volet qui concerne la technologie, la domotique. Y êtes-vous sensible ?
J.T. – Absolument. Il faut pouvoir proposer le confort technique actuel à la pointe des dernières nouveautés sans qu’il nuise à l’esthétique.
L’aspect centralisation est également très intéressant. Les clients utilisent leurs smartphones de plus en plus dans leur vie quotidienne et le monde de l’architecture intérieur doit intégrer ces nouveaux usages ;  nos clients doivent pouvoir s’ils le souhaitent contrôler leurs rideaux, leur chauffage, leurs scénarios d’éclairage, chez eux et à distance. Le fait de pouvoir centraliser cela avec une seule entreprise est un confort absolu pour les architectes.
À un moment, la domotique avait mauvaise réputation auprès de la clientèle haut de gamme car les produits étaient souvent trop compliqués. Avec l’utilisation des applis qui s’est généralisée le pilotage est devenu plus instinctif.

Pour conclure, quelles sont vos couleurs et matière préférées ?
J.T. – Disons que je suis attachée au savoir-faire montrant le travail de la main, aux matériaux montrant celui de la nature, à travers les veines d’un bois ou d’un marbre. Je cherche les accords colorés en teintant les couleurs avec leurs couleurs complémentaires ce qui les rend plus subtiles. J’aime aussi le contraste apporté par l’utilisation de matières très brutes avec des lumières évanescentes, presque méditatives ou d’intérieurs anciens secoués par l’apparition soudaine d’un volume très contemporain en rupture.

https://www.josephinetheet.com/



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