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Rencontre avec Stéphane Carratero lighting designer

« On ne veut pas d’une ‘’belle lumière’’, on veut une lumière juste », revendique Stéphane Carratero.

L’équipe de ROGER DUBOIS a le plaisir de mettre son savoir-faire au service du lighting designer Stéphane Carratero. Ce sculpteur de lumière dirige l’agence Voyons Voir, qui illumine l’univers du luxe et les intérieurs d’exception. Ses paroles sont tout aussi éclairantes lorsque Stéphane Carratero parle de son métier.

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« La lumière est un vecteur, elle est immatérielle. Dans notre approche, ce qui nous intéresse, c’est l’effet de la lumière et non pas la lumière elle-même ou sa source. C’est un élément qui se ressent plus qu’il ne se voit. On perçoit les effets de la lumière sur les espaces – que l’on agrandit, qu’on rétrécit, qu’on met en perspective… – et sur les matériaux. On travaille beaucoup sur la manière de valoriser un espace, un matériau, on se demande lesquels on va valoriser en se questionnant sur ce que nous allons prioriser. On a un travail d’orientation du public. on va ainsi influencer inconsciemment le public en l’invitant à regarder une chose plutôt qu’une autre », explique Stéphane Carratero.

Le lighting designer interprète la vision du projet de l’architecte d’intérieur et propose au client une façon de vivre, de regarder, de ressentir un espace. « Si on est en phase une fois en complet accord avec le designer, on va alors prolonger l’exercice de ces concepts lighting vers une transcription technique qui va nous amener très vite à l’électricien et spécialiste de la domotique. » Pour lui, l’harmonie et la vision ne peuvent rester à l’état conceptuel. « On part d’une idée conceptuelle qui n’est pas le fruit d’un hasard, qui est un travail de compréhension, d’immersion, d’interrogation. Mais une fois que ce concept est en place et bien clair, il y a ce que j’appelle la transcription technique, pour transférer cet imaginaire dans le réel, avec l’aboutissement d’un dossier complet de spécifications. C’est le deuxième palier. Il va permettre au troisième palier – la réalisation – de se faire avec des partenaires comme ROGER DUBOIS : pour que cette exécution, qui n’est plus une transcription technique mais une transcription réelle, se fasse. »

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Ce troisième palier est un volet d’accompagnement, poursuit le directeur artistique, qui veut aller au-delà du stade des spécifications techniques. « Si, à la source de l’équipe d’électriciens, de domoticiens, on communique et on offre des explications sur ce qu’on a indiqué et pourquoi, on donne du sens au travail des artisans, qui sont partie prenante de l’exécution. On leur donne conscience de leur rôle et c’est, hélas, quelque chose qui se perd avec les grands groupes, avec ces cascades de sous-traitants, avec cette gestion de la notion d’équipe qui s’éloigne vraiment de la notion d’apprentissage… Sans les équipes, pourtant, ma vision n’est rien. D’où notre fonction de pédagogie, de transmission d’un dossier pour qu’il y ait une prise de conscience la plus forte possible du rôle d’un artisan, qui est un chaînon d’un projet global. »

Lorsque Stéphane Carratero détaille ses exigences pour mettre en valeur un espace et exprimer une sensibilité, on comprend l’importance d’un savoir-faire technologique et d’une approche technique rigoureuse, pour lesquels ROGER DUBOIS saura se rendre précieux. Quand il aborde un projet d’intérieur, le lighting designer commence par poser des principes d’éclairage qui, ensemble, vont créer l’architecture du lieu. Il avance en précisant lesquels de ces principes devront être modulés. Se pose alors la question de la commande, du nombre de circuits, de ceux qui seront graduables ou pas… La graduation elle-même doit être précisée, elle peut ainsi se faire de façon statique, une bonne fois pour toutes, sur deux ou trois espaces-temps, par exemple l’espace-temps de la pleine journée. Mais, en fonction du lieu et du moment, par exemple dans un restaurant étoilé, en fin de service, lorsque les derniers clients s’attardent en dégustant un digestif, certains éclairage mériteront plus de finesse.

« En termes de niveaux lumineux, on arrive à des subtilités en toute fin de soirée qui sont très intéressantes : plus on est subtil, plus l’équilibre entre chaque principe d’éclairage est important. Quand on fait de la variation à 5 %, avec tout ce que cela entraîne de réalisation technique – je pense au flickering (scintillement) et à la compatibilité des différentes électroniques –, les différentes balances sont très sensibles. Plus on est dans les basses lumières, plus c’est sensible. On se rapproche de la mise en scène d’un opéra ou d’un théâtre, ou même des ombres quand on regarde les tableaux de grands peintres. Il y a de nombreuses sources où l’on se rend compte que le travail de coloration des ombres n’a de sens que parce qu’on est dans des valeurs très subtiles, et que lorsqu’on colore différemment, il y a une espèce de bascule qui se fait. »

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Dans le projet à concrétiser avec les électriciens et les domoticiens, une fois architecturé le principe d’éclairage et décidé de ce qui devrait être graduable ou pas, il reste encore tout un travail pour rendre la lumière dynamique ou statique, selon quels paliers et pour quelles différentes ambiances. C’est un travail très riche. « Ce travail-là est l’un des fondements de la mise en lumière, même s’il arrive en dernier. Les réglages finaux se font souvent dans des conditions difficiles, parce que tout le monde est en retard ! Il faut pourtant avoir un décor propre où les protections au sol sont dégagées. Parce que si du plastique de protection blanc brillant recouvre une moquette sombre, « sourde » – vous voyez les distances qu’on parcourt ! –, en termes de matériaux, cela va complètement impacter les lumières d’ambiance. Pour avoir ce décor propre, souvent, on travaille donc la nuit, au dernier moment. »

Et ces derniers réglages s’avèrent cruciaux. « Quand on regarde un matériau, on a une notion de toucher. Avec un matériau très brillant, on a inconsciemment, culturellement, l’impression qu’il pourrait être plus froid, ce qui n’est pas le cas avec une moquette, dont on anticipe la sensation au toucher. Toutes ces finesses d’éclairage-là, qui sont de l’ordre du ressenti, donnent du sens au choix des matériaux et au travail de l’architecte d’intérieur. »

L’équipe de ROGER DUBOIS se retrouve pleinement dans la philosophie, la recherche d’excellence technique et les valeurs humaines de Stéphane Carratero, qui résume ainsi sa vision : « On a envie de donner un ressenti, et il faut pour cela que l’on ait une démarche à la fois très altruiste et modeste. On se doit de faire la lumière juste et de respecter le travail de chacun, les intentions du client et de l’architecte d’intérieur. Et dans cette justesse, on a la mission de révéler au mieux le travail des autres. D’où l’intérêt d’avoir des artisans qui ont cet attachement au travail bien fait. On se retrouve sur ces valeurs, on sert les uns et les autres, le travail de toute une équipe. »

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